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ASSOULINE, Ethan
Disparaitre #3

La nuit je dors plus. Je prends mon vélo et je vais voir là où ça construit les rêves des autres, l’argent qui s’élance dans le ciel et qui nous fait de l’ombre. L’argent qui arrange l’espace et la réalité, change tout, fait oublier, s’excuse jamais.

Je suis tout seul. Je traîne chez moi, je sors la nuit, je vais voir la modernité de près, les grandes fenêtres, le béton.

Ça m’excite. Je m’arrête là et je me branle, dans les halls d’immeubles, sur les centaines de boîtes aux lettres, dans les ascenseurs, dans les cours intérieures végétalisées, dans les éco-quartiers, les bureaux décloisonnés, sur la spéculation immobilière, sur la tête des propriétaires, sur l’idée de la construction, de la modernisation pour l’intérêt général, sur l’exclusion et le nettoyage, sur les cadres de vie pratiques et agréables, sur le mensonge, sur le vide, sur le trou du cul du capitalisme où se perdent les plaisirs d’une vie loin de tout ça. Je recommence toutes les nuits et la journée je liste les endroits. J’ai envie d’aller plus loin. Plus seulement effleurer les immeubles mais accéder à ce qu’il y a dedans. Si la ville se vide et qu’il n’y a plus qu’eux et moi il faut qu’on se rencontre.

Troisième numéro de la publication Disparaitre, édité par Ethan Assouline. 89 exemplaires, imprimé en riso, chaque quatrième de couverture est unique, réalisé à la main.

Self-Published, 2021
Artists' Books

Price: 22€

ASSOULINE, Ethan - Disparaitre #3